samedi 31 décembre 2016

YOUR NAME, Makoto Shinkai, 2016 [NO SPOIL]

        Une critique de ciné, c'est toujours très subjectif, et ce quelque soit le degré de pédantitude qu'on affiche avec une culture étalée. Mais peu importe, j'ai besoin de parler de ce film.



        A mon sens, il n'existe pas d'adjectif pouvant qualifier Your Name. Ce serait si réducteur, on en aurait qu'une vision plus tronquée. Ce serait comme vouloir donner une tonalité à une musique modale, comme dire qu'une nuance obtenue difficilement après un long mélange est telle ou telle couleur: oui l'on peut identifier le mode employé pour cet air, oui l'on peut utiliser un nuancier et dire qu'il s'agit de cette couleur. Mais quelle est l'utilité? A-t-on toujours besoin de nommer les choses? Paradoxalement, les deux héros du film recherchent sans cesse le nom de l'autre, pour mieux nous enseigner à apprécier ce qui nous entoure sans qu'on parvienne à l'analyser concrètement ou sensiblement.
        Beaucoup de critiques ne cessent de comparer Shinkai à Miyazaki, voir de le considérer comme un potentiel successeur du papa du Voyage de Chihiro, Laputa ou encore du Château Ambulant (pour ne citer que ceux-ci). Bien que cette analogie puisse paraître très positive, je trouve qu'elle réduit le travail de Shinkai. Les deux auteurs sont d'un onirisme sans nom, cet onirisme que seul le cinéma d'animation asiatique arrive à susciter en moi, mais si leurs propos se recoupent (notamment l'idée de se tourner vers l'autre, la famille, la nature et la tradition), ils ne sont pas tout à fait servis de la même façon.

     
Makoto Shinkai, auteur du roman Your Name et réalisateur du film du même nom, sorti en 2016

Hayao Miyazaki, le père de l'animation japonaise, qui a franchi les frontières européennes il y a déjà bien longtemps, notamment avec le dessin animé Heidi
        

        Your Name est une adaptation du roman du même nom et du même auteur, Makoto Shinkai, ce qui peut expliquer cette grande maîtrise du propos servi dans le film. C'est une perle incontestable: l'onirisme mentionné plus haut s'exprime d'abord visuellement, mais aussi métaphoriquement comme sait si bien le faire la magie de l'animation. Cette dernière est magnifique, les nuances ne sont jamais violentes, hormis le vert pétant de la campagne de l'héroïne, autant dire qu'il s'agit d'un paysage verdoyant et chaleureux. Un soin tout particulier est apporté au ciel, aux astres (qui ont un rôle extrêmement important dans la narration), notamment le premier plan où la caméra descend du ciel et traverse les nuages. Seule Tokyo peut sembler parfois froide au début, car le montage met l'accent sur l'aspect routinier de la vie du héros qui y habite (oui, spoil, il y a l'incontournable métro, universelle incarnation de la routine). Mais puisque l'héroïne fantasme sur cette même ville, le spectateur finit par finalement apprécier la ville immense également, en parallèle à la campagne verdoyante, qui acquièrent toutes deux des ambiances décrites méliorativement. En plus des astres à la symbolique remarquable, le Temps à lui aussi beau rôle dans l'histoire des deux héros: Shinkai a également su comment le DESSINER à l'écran. Et je ne parle pas de dessiner des horloges sur des fondus enchaînés, non, ici il s'agit de grand art, que vous découvrirez par vous-mêmes.
Et évidemment, au-delà de l'onirisme du dessin, nom de nom l'histoire. Oui, elle est délirante. Oui, on veut sortir le joker "Japooon", nous pauvres occidentaux non accoutumés à l'absence de barrières propre au cinéma asiatique. Elle est belle, imprévisible, bourrée de tension jusqu'à la dernière minute, et les larmes qui ont roulé sur mes joues étaient les mêmes que celles quand j'écoute un opéra de Verdi. Et "les vrais" connaissent le pouvoir lacrimal de Verdi. Comme écrit à la fin du film:

 "Tu pleures quand tu es heureuse, et tu ris quand tu pleures". 

     Je sais que je pleurerai chaque fois que je reverrai ce film. Et je reverrai ce film, c'est certain. Plusieurs fois, même. Ce n'est pas du masochisme: je veux regoûter à ce que signifie la vie.
En bref les amis, avant que le côté obscur du spoil ne m'emporte, je n'ai qu'une chose à vous dire: pour un 2017 heureux, allez mater Your Name. Vraiment.