dimanche 2 novembre 2014

Ecoute comparée: Tallis vs Monteverdi

     Aujourd'hui, écoute comparée. Qui? Quoi? Quand? Pourquoi? Patience, les réponses arrivent.
Thomas Tallis (1506-1585) de l’École anglaise de la Renaissance et son Spem in alium seront comparés à un extrait de l'opéra Orfeo de Monteverdi (1567-1643) de l’École italienne de la première partie du baroque.

Ces deux œuvres appartiennent à la transition de la musique du XIV à la musique baroque.

SPEM IN ALIUM (L'homme place avec humilité son espérance en Dieu)

      Voici un lien de l’œuvre, interprétée par les Tallis Scholars, chœur anglais spécialisé dans le répertoire de l’École anglaise de la Renaissance: 

     

   Remettons les choses dans leur contexte: l'écriture polyphonique pour choeur sans accompagnement nous vient du XII, soit aux débuts de la polyphonie: il s'agit d'une tradition ancienne. En effet, le nombre de voix passe rapidement de 2 à 4 ou 5 et durant la Renaissance, cette progression se poursuit. On peut mentionner par exemple Ockeghem et son motet Deo gratias à 36 voix et Josquin des Prés avec son motet Qui habitat à 24 voix.

      Mais au fait...quelle définition pour le motet?  De manière générale, le motet est dérivé du procédé de l’organum, à l’origine de la polyphonie — une des bases de la musique occidentale.
 Ce genre musical à deux voix atteint son apogée à la fin du XIIe siècle, avec l’école de Notre-Dame-de-Paris et ses maîtres, Léonin et Pérotin. Le motet a remplacé le conduit — chant de procession — et résulte de l’ajout de paroles à l’organum.
La voix supérieure de l'organum — le cantus — devient de plus en plus ornementée et, vers 1240, on ajoute des parties supérieures qu’on appelle "motet", latinisé en motetus, d'où le nom. Pendant la deuxième moitié du XIIIe siècle, le motet devint la forme principale de la polyphonie en Europe. Au Moyen Âge, les motets étaient profanes ou religieux, composés en prose ou en vers, en latin ou en français et faisaient partie des pièces de fantaisie qui furent jouées dans les églises à côté du plain-chant traditionnel. Les pièces musicales des débuts de la polyphonie sont rares car l’écriture était difficile.

      Le motet Spem in Alium est l'aboutissement de cette densification: il ne compte pas moins de 40 voix, réparties en 8 chœurs à 5 voix.
Le motet du compositeur italien Striggio Ecce beatam, contemporain du motet de Tallis, compte lui aussi 40 voix.
Ce sont de véritables prouesses techniques d'écriture, mais le texte devient incompréhensible.


texte en latin texte en français
Spem in alium nunquam habui praeter in te,
Deus Israel,
Qui irasceris, Et propitius eris,
Et omnia peccata hominum in tribulatione dimittis.
Domine Deus,
Creator coeli et terrae,
Respice humilitatem nostram.
Je n’ai jamais placé mon espérance en aucun autre que Toi,
Ô Dieu d’Israël,
Toi dont la colère fait place à la miséricorde,
Toi qui absous tous les péchés de l’humanité souffrante.
Ô Seigneur Dieu,
Créateur de la terre et du ciel,
Considère notre humilité.


▶◀▶◀▶◀▶◀▶◀▶◀▶◀▶◀▶◀▶◀▶◀▶◀▶◀▶◀▶◀▶◀▶◀▶◀▶◀


ORFEO

     A la fin de la Renaissance, l'écriture polyphonique est remise en cause. Dans le baroque, la musique devient le langage des sentiments par excellence a contrario du Moyen-Age où elle sert à glorifier Dieu et est dangereuse si elle ne respecte pas les règles et lois mathématiques — héritage de Platon et l'Antiquité en général. Dans le baroque donc, son but est d'émouvoir le public, d'exprimer des sentiments. Le vrai protagoniste de l'époque est le chant seul, la simple mélodie accompagnée par un ou plusieurs instruments. Parallèlement, à Rome, à Venise, des sociétés savantes d'érudits et de poètes cherchent à définir un nouveau rapport entre le texte (poème) et la musique. Il faut que la musique soit d'abord la parole, rythmes et sons ne viennent qu'après.
Ces recherches s'orientent vers l'abandon de l'écriture polyphonique au profit d'une écriture vocale proche de la déclamation "à l'antique" de la tragédie grecque.
     Les conséquences de cette nouvelle écriture, le voici:
- L'emploi de l'écriture à 1 voix ou écriture monodique
- Cette monodie est soutenue par une simple ligne de basse chiffrée: la basse continue
- La fonction de la musique n'est plus de produire des canons de plus en plus savants mais de suivre au plus près le texte poétique: l'écriture vocale est la plus proche de la parole et facilement compréhensible. C'est ainsi qu'apparaît le récitatif, à mi-chemin entre le parlé et le chanté. Ce récitatif est d'ailleurs l'élément fondateur et central d'un genre appelé à un immense avenir: l'opéra.
Le premier opéra est Dafne de Peri, créé à Florence en 1600.

     Le théâtre musical fleurit et les auteurs cherchent dans le mythe classique des histoires qui unissent l'évidence de la représentation dramatique à la trame des sons. Le mythe d'Orphée s'impose et reste pendant plus de deux siècles le symbole de la musique comme force des sentiments capable de vaincre même la mort. L'Orphée de Monteverdi, mis en scène à Mantoue en 1607, devient le modèle de tout le théâtre musical baroque.

  • L'orchestre :

Monteverdi prépare un orchestre de dimensions inhabituelles par rapport au passé: il sert à donner de l'épaisseur aux choeurs, aux airs, aux danses, mais aussi à développer la capacité expressive de la musique.
  • La musique : 

Le prologue, moment où les idées maîtresses de l’œuvre sont représentées par un personnage ou une allégorie, est typique du baroque: dans l'Orfeo de Monteverdi c'est l'allégorie de la musique qui domine.

     Voici un extrait de l’œuvre: le thème de "Tu se' morta" dans l'acte II, chanté par Orphée.

ORFEO                                                                                                                                      ORPHEE
Tu se’ morta, mia vita, ed io respiro ?                                    Tu es morte, ma vie, et je respire encore ?
Tu se’da me partita                                                               Tu m’as quitté pour ne jamais plus revenir,
Per mai più non tornare, ed io rimango ?                                                                   Et moi, je reste là ?
No, che se i versi alcuna cosa ponno,                          Non ! car si mes chants ont quelconque pouvoir,
N’andrò sicuro a’ più profondi abissi;                              J’irai sans crainte aux plus profonds abîmes ;
E intenerito il cor del Re dell’ombre,                      Et quand j’aurai touché le coeur du roi des ombres,
Meco trarrotti a riveder le stelle,                                                  Je te ramènerai pour revoir les étoiles.
Oh, se ciò negherammi empio destino,                                                Si un cruel destin me refuse cela,
Rimarrò teco in compagnia di morte.                                           Je resterai alors avec toi dans la mort,
Addio terra, addio cielo e sole, addio.                                     Adieu terre, adieu ciel, et adieu le soleil !



[sources: ma prof de musique, Wikipédia, Bach et la musique baroque éd.massin]



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire