jeudi 20 novembre 2014

Musiques populaires ~ Musiques traditionnelles

Musique populaire

  • Musique qui s'adresse à un vaste public et se transmet par l'intermédiaire des médias.
  • Musique tonale et/ou modale.
  • Structure simple: par exemple la forme couplet/refrain, en variétoche notamment.
  • Musique transmise oralement, qui ne nécessite pas l'apprentissage instrumental ou solfégique poussé. La transcription écrite de cette musique ne rend pas compte de tout le potentiel de cette musique, car la partition occulte l'interprétation et les ornementations improvisées.
  • Même si elle est enregistrée en studio par des musiciens professionnels, elle est destinée à être mémorisée et rejouée facilement.
  • Sa diffusion auprès d'un très vaste public fait d'elle un objet de consommation, et la rend tributaire d'enjeux commerciaux parfois très importants: encore la variétoche, par exemple.
Vu qu'on comprend toujours mieux avec des exemples, et qu'on parle quand même de musique, voici un exemple sympatoche de musique populaire: Il s'agit de I pirati a Palermo de Rosa Balisteri.
https://www.youtube.com/watch?v=-9ZChxkj0e4
Bon, d'accord les paroles le sont moins...
 

Musique traditionnelle

     A la fois savantes et populaires, d'origines très diverses et anciennes, elles ont échappé à l'écriture et ont ainsi évité la fixation du répertoire: le chant grégorien tomba en décadence quelque temps après sa "mise en écriture".
Elles ont également échappé au processus de composition, ou complexification, enclenché dès le XIIème siècle et ont suivi la voie de la transmission orale, de génération en génération, se nourrissant à chaque génération d'apports nouveaux tout en transmettant ce qui leur était essentiel: si une musique est issue d'un pays où un jour la guerre éclate, elle ne va y rester indifférente, surtout si elle se transmet oralement.

Caractéristiques:

  • Musique à laquelle s'identifie une communauté culturelle, géographique, religieuse ou ethnique.
  • L'apprentissage et la pratique se développent en dehors des institutions scolaires, même si cette musique est savante.
  • Ces musiques utilisent souvent un son continu sur la tonique, appelé bourdon. (la tonique est la première et plus importante note d'une gamme dans le mode harmonique ou modal)
  • Elles présentent des techniques vocales et instrumentales variées, d'une grande richesse et très souvent virtuoses.
  • L'ornementation est très importante.
  • Ce sont des musiques les plus souvent modales, utilisant souvent des échelles défectives et des degrés mobiles.
  • Elles utilisent des micro-intervalles. (écarts entre les notes plus petits que sur le clavier d'un piano, mais qui peuvent se jouer à d'autres instruments ou être chantés.)
  • Le rythme et les accents sont souvent liés à la danse ou à l'idée de déplacement.
  • L'écriture rythmique peut être très riche et complexe: par exemple les rythmes "aksak" des Balkans, polyrythmie des gamelans à Bali, decîtalas de la musique indienne...que l'on verra peut-être plus tard!
Voici un exemple de musique traditionnelle, le chant séfarade. Françoise Atlan en est une grande interprète!
https://www.youtube.com/watch?v=tB8Cv1Y2N2Q

dimanche 2 novembre 2014

Ecoute comparée: Tallis vs Monteverdi

     Aujourd'hui, écoute comparée. Qui? Quoi? Quand? Pourquoi? Patience, les réponses arrivent.
Thomas Tallis (1506-1585) de l’École anglaise de la Renaissance et son Spem in alium seront comparés à un extrait de l'opéra Orfeo de Monteverdi (1567-1643) de l’École italienne de la première partie du baroque.

Ces deux œuvres appartiennent à la transition de la musique du XIV à la musique baroque.

SPEM IN ALIUM (L'homme place avec humilité son espérance en Dieu)

      Voici un lien de l’œuvre, interprétée par les Tallis Scholars, chœur anglais spécialisé dans le répertoire de l’École anglaise de la Renaissance: 

     

   Remettons les choses dans leur contexte: l'écriture polyphonique pour choeur sans accompagnement nous vient du XII, soit aux débuts de la polyphonie: il s'agit d'une tradition ancienne. En effet, le nombre de voix passe rapidement de 2 à 4 ou 5 et durant la Renaissance, cette progression se poursuit. On peut mentionner par exemple Ockeghem et son motet Deo gratias à 36 voix et Josquin des Prés avec son motet Qui habitat à 24 voix.

      Mais au fait...quelle définition pour le motet?  De manière générale, le motet est dérivé du procédé de l’organum, à l’origine de la polyphonie — une des bases de la musique occidentale.
 Ce genre musical à deux voix atteint son apogée à la fin du XIIe siècle, avec l’école de Notre-Dame-de-Paris et ses maîtres, Léonin et Pérotin. Le motet a remplacé le conduit — chant de procession — et résulte de l’ajout de paroles à l’organum.
La voix supérieure de l'organum — le cantus — devient de plus en plus ornementée et, vers 1240, on ajoute des parties supérieures qu’on appelle "motet", latinisé en motetus, d'où le nom. Pendant la deuxième moitié du XIIIe siècle, le motet devint la forme principale de la polyphonie en Europe. Au Moyen Âge, les motets étaient profanes ou religieux, composés en prose ou en vers, en latin ou en français et faisaient partie des pièces de fantaisie qui furent jouées dans les églises à côté du plain-chant traditionnel. Les pièces musicales des débuts de la polyphonie sont rares car l’écriture était difficile.

      Le motet Spem in Alium est l'aboutissement de cette densification: il ne compte pas moins de 40 voix, réparties en 8 chœurs à 5 voix.
Le motet du compositeur italien Striggio Ecce beatam, contemporain du motet de Tallis, compte lui aussi 40 voix.
Ce sont de véritables prouesses techniques d'écriture, mais le texte devient incompréhensible.


texte en latin texte en français
Spem in alium nunquam habui praeter in te,
Deus Israel,
Qui irasceris, Et propitius eris,
Et omnia peccata hominum in tribulatione dimittis.
Domine Deus,
Creator coeli et terrae,
Respice humilitatem nostram.
Je n’ai jamais placé mon espérance en aucun autre que Toi,
Ô Dieu d’Israël,
Toi dont la colère fait place à la miséricorde,
Toi qui absous tous les péchés de l’humanité souffrante.
Ô Seigneur Dieu,
Créateur de la terre et du ciel,
Considère notre humilité.


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ORFEO

     A la fin de la Renaissance, l'écriture polyphonique est remise en cause. Dans le baroque, la musique devient le langage des sentiments par excellence a contrario du Moyen-Age où elle sert à glorifier Dieu et est dangereuse si elle ne respecte pas les règles et lois mathématiques — héritage de Platon et l'Antiquité en général. Dans le baroque donc, son but est d'émouvoir le public, d'exprimer des sentiments. Le vrai protagoniste de l'époque est le chant seul, la simple mélodie accompagnée par un ou plusieurs instruments. Parallèlement, à Rome, à Venise, des sociétés savantes d'érudits et de poètes cherchent à définir un nouveau rapport entre le texte (poème) et la musique. Il faut que la musique soit d'abord la parole, rythmes et sons ne viennent qu'après.
Ces recherches s'orientent vers l'abandon de l'écriture polyphonique au profit d'une écriture vocale proche de la déclamation "à l'antique" de la tragédie grecque.
     Les conséquences de cette nouvelle écriture, le voici:
- L'emploi de l'écriture à 1 voix ou écriture monodique
- Cette monodie est soutenue par une simple ligne de basse chiffrée: la basse continue
- La fonction de la musique n'est plus de produire des canons de plus en plus savants mais de suivre au plus près le texte poétique: l'écriture vocale est la plus proche de la parole et facilement compréhensible. C'est ainsi qu'apparaît le récitatif, à mi-chemin entre le parlé et le chanté. Ce récitatif est d'ailleurs l'élément fondateur et central d'un genre appelé à un immense avenir: l'opéra.
Le premier opéra est Dafne de Peri, créé à Florence en 1600.

     Le théâtre musical fleurit et les auteurs cherchent dans le mythe classique des histoires qui unissent l'évidence de la représentation dramatique à la trame des sons. Le mythe d'Orphée s'impose et reste pendant plus de deux siècles le symbole de la musique comme force des sentiments capable de vaincre même la mort. L'Orphée de Monteverdi, mis en scène à Mantoue en 1607, devient le modèle de tout le théâtre musical baroque.

  • L'orchestre :

Monteverdi prépare un orchestre de dimensions inhabituelles par rapport au passé: il sert à donner de l'épaisseur aux choeurs, aux airs, aux danses, mais aussi à développer la capacité expressive de la musique.
  • La musique : 

Le prologue, moment où les idées maîtresses de l’œuvre sont représentées par un personnage ou une allégorie, est typique du baroque: dans l'Orfeo de Monteverdi c'est l'allégorie de la musique qui domine.

     Voici un extrait de l’œuvre: le thème de "Tu se' morta" dans l'acte II, chanté par Orphée.

ORFEO                                                                                                                                      ORPHEE
Tu se’ morta, mia vita, ed io respiro ?                                    Tu es morte, ma vie, et je respire encore ?
Tu se’da me partita                                                               Tu m’as quitté pour ne jamais plus revenir,
Per mai più non tornare, ed io rimango ?                                                                   Et moi, je reste là ?
No, che se i versi alcuna cosa ponno,                          Non ! car si mes chants ont quelconque pouvoir,
N’andrò sicuro a’ più profondi abissi;                              J’irai sans crainte aux plus profonds abîmes ;
E intenerito il cor del Re dell’ombre,                      Et quand j’aurai touché le coeur du roi des ombres,
Meco trarrotti a riveder le stelle,                                                  Je te ramènerai pour revoir les étoiles.
Oh, se ciò negherammi empio destino,                                                Si un cruel destin me refuse cela,
Rimarrò teco in compagnia di morte.                                           Je resterai alors avec toi dans la mort,
Addio terra, addio cielo e sole, addio.                                     Adieu terre, adieu ciel, et adieu le soleil !



[sources: ma prof de musique, Wikipédia, Bach et la musique baroque éd.massin]



dimanche 27 avril 2014

American mcgee's Alice: The red queen battle

        Mettons les points sur les i:  le jeu "American mcgee's Alice" est un jeu vidéo paru en 2000. Sa suite "Alice madness returns" est parue en 2011. Voici un rapide résumé du premier opus:
4 novembre 1864, après le massacre de ses parents dans un effroyable incendie, Alice se retrouve internée à l'asile de Rutleges, soignée durant 10 années par un médecin détraqué du nom de Hieronymous Q.R. Wilson. Non seulement Alice souffre de la mort de ses parents,mais le docteur découvre également qu'elle connaît un monde fantastique venant de sa propre imagination de petite fille.

À la suite de son traumatisme, l'univers joyeux et tendre de l'enfant se retrouve transformé en un enfer sombre et chaotique, d'où la cruelle Reine de Cœurs fait régner le cauchemar et l'horreur, dérangeant ainsi le déroulement mental d'Alice. Jusqu'à ce qu'un soir, le lapin blanc (créature de son univers fictif), vient à son aide en la faisant repartir dans son pays imaginaire.
Du village souterrain des gnomes jusqu'à la grise Vallée des Larmes, de la flore sauvage en passant par le Monde du Miroir et son jeu d'échecs ou encore l'immense et majestueux labyrinthe de la Reine, « le Pays des Merveilles » est dévasté jusqu'à la moelle.
Guidée par le cadavérique Chat du Cheshire au sourire aussi étrange qu'inquiétant et dotée d'un lot d'armes et de jouets démoniaques tous aussi dangereux les uns que les autres, Alice se doit alors de réparer son monde en se débarrassant de la monstrueuse et tyrannique Reine de Cœurs, afin de sauver son monde et la vie de ses créatures… Sans oublier la sienne. 

[source Wikipédia]

Et pour vous prouver que la reine est vraiment méchante, voici une jolie image la      représentant. (oui, pour moi, les moches sont forcément méchants.)

La reine sur son trône, durant la cinématique avant le combat. (="Mouahaha je vais te réduire en bouillie")
C'est bon, vous me croyez maintenant? Alors c'est parti pour disséquer son thème, les amis. Voici un lien du thème en version extended 
Il faut très peu de temps au joueur pour comprendre que c'est bien le boss final qu'il affronte. Voici plusieurs éléments que l'inconscient associe naturellement et chronologiquement à une une tension extrême, un bouquet final, une explosion.
Dès le début du thème, sans anacrouse, sans silence, trois éléments apparaissent de manière frontale à l'auditeur, telle une attaque. Cela peut déjà associer un danger.
  • Au "premier plan", ce son grave, gras, massif et dérangeant de percussion, qui dure d'ailleurs près de l'intégralité du thème: sa manière de "frapper" 3 temps sur 4 dans chaque mesure, inlassablement, est le témoin de la violence, l'acharnement et la répétition du combat. (J'avoue même qu'il me tapait sur le système au bout d'un certain temps d'écoute, cette percu ne laisse aucun répit...)
  •  Au "second plan", les bruits d'ambiance, d'environnement: c'est en réalité un chœur chantant  pianissimo (extrêmement doucement) et en glissando, c'est-à-dire en glissant les notes, en faisant des ports de voix. Malgré que cet élément du thème soit au second plan, c'est pourtant lui qui produit l'effet de tension, et personne d'autre.
  •  Au "premier plan" à nouveau, un son de cloche tubulaire attaque en même temps que la percussion, c'est-à-dire à la première seconde. Lorsqu'il se stoppe au fil du thème, c'est toujours à l'entrée du "vrai" chœur complet, pour mieux le mettre en valeur. Et c'est parfaitement logique: ces deux éléments ont un aspect religieux très marqué, qui n'est pas sans rappeler l'architecture du château de la reine à "tendance cathédrale". De plus, la cloche n'effectue qu'une seule note, et la ligne vocale suivie par le chœur est très simple: elle est composée de 5 notes toutes au plus. Cette simplicité et ces éléments qui semblent figés ne sont pas sans rappeler les chants grégoriens religieux. Cependant, le fait que les voix aiguës du chœur soit plus accentuées que les basses rappelle la physionomie du requiem.